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La journée est radieuse, vous êtes aux commandes d’un des appareils de la flotte de notre aéro-club. Vous avez effectué votre check-list et vous vous apprêtez à mettre en route. Alain, notre mécano, est accoudé à la porte du hangar. Il regarde l’avion juste révisé avec toute sa passion et sa rigueur. Vous passez devant les pompes, l’esprit serein, les réservoirs « full pétrole ». Ce matin, Guy, notre trésorier, était heureux d’avoir pu négocier avec notre pétrolier le nouvel approvisionnement. Cela ne l’a pas empêché d’avoir la main tremblante à la rédaction du chèque ! Aligné sur la piste 30, vous poussez la manette des gaz et lâchez les freins… l’avion bondit soudain et s’élance. Thierry, notre chef pilote, regarde par la fenêtre, attentif à la manœuvre. Une seconde suffit à son esprit pour repasser les dizaines d’heures assit à vos côtés lors de votre formation. Votre altitude augmente doucement et écrase discrètement le relief qui défile sous les ailes de votre avion. Vous goûter au plaisir de la troisième dimension. Vos passagers sont silencieux et émerveillés. Hier, à la nuit tombée, le Conseil d’Administration siégeait. Tous ses membres bénévoles étaient présents. L’ordre du jour était d’importance. Il s’agissait de sauvegarder l’avenir du club dans une conjoncture bien troublée. Mais déjà, le vol s’achève. Vous vous annoncez à la tour pour intégrer le circuit. Vous allez pouvoir rajouter une ligne de plus sur votre carnet de vol… Presque anonyme parmi ses pages, elle ne saura exprimer le plaisir que vous venez de vivre. Eric, notre Président, a rencontré ce matin le responsable de la D.G.A.C. afin de préserver notre activité sur la plateforme. A côté de son bureau, Liliane et Frédérique, enregistraient l’activité de la semaine. Vous roulez jusqu’à votre emplacement devant les hangars. Avec application, vous garez votre avion. Dans un dernier soubresaut, le moteur s’arrête, comme si la vie abandonnait la machine… Comme si vous perdiez soudain une partie de vous-même. Et pourtant… Vous descendez… Et partez sans même un regard en arrière… Comme si votre mémoire venait d’effacer les émotions à peine vécues, pourtant si belles, pourtant si nobles. En parlant du poète, Baudelaire l’a comparé à cet oiseau merveilleux qu’est l’albatros : « Le poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l’archer Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l’empêchent de marcher » Battons nous pour que, au sol, nous conservions nos émotions et nos valeurs intactes. Ne galvaudons pas notre passion au risque de trébucher sur nos ailes devenues tout à coup bien trop grandes pour nous. Bons vols à Tous. JL CIGLIANA, Vice-Président |